|
Échirolles : 16e ! Cette année, l'édition du Mois du Graphisme d’Échirolles est placée sous le signe de la féminité, avec deux expositions dédiées aux créatrices de tous pays. L’équipe du mois nous fait découvrir, lors du week-end inaugural du 17 novembre, les créations de femmes graphistes à travers un voyage autour du monde, dans l’esprit découverte du Mois.
Neuf expositions , dont la diversité est également à l’image de la manifestation, offrent un regard éclectique de la production internationale aux graphistes professionnels, aux nombreux étudiants qui assistent au Mois mais surtout au grand public grenoblois. La thématique féminine est plus un prétexte, « un fil rouge » plutôt qu’une véritable ligne éditoriale, même si la question de la place des femmes dans la profession fut évoquée, sinon débattue, sans grande révélation : « Elles sont omniprésentes comme étudiantes dans les écoles d’art de Communication Visuelle et pourtant peu nombreuses professionnellement, et surtout peu connues sinon reconnues ». Un manque en partie réparé puisque c’est à Anette Lenz qu’a été confiée l’affiche de cette édition, une porte ouverte qui invite au voyage.
Avec « 100 affiches françaises contemporaines » , Alain le Quernec se propose de dresser un bilan de cette unicité hexagonale aux influences si diverses. Une « french touch» représentée par 19 auteurs, d’Antoine & Manuel à Michal Batory, en passant par les M/M, Philippe Apeloig, Labomatic ou encore Catherine Zask, pour ne citer qu’eux.
![]() C’est la production d’ texte Anette Lenz, graphiste allemande installée en France depuis 1990, qui a ouvert le bal du samedi inaugural. Le nouvel hôtel de ville d’Échirolles accueillait une large sélection d’affiches de la graphiste, jamais rarement sinon jamais encore rassemblées jusqu’ici. L’occasion de découvrir quasiment dans leur ensemble les productions pour le Théâtre de Rungis initiée en 2000, la série d’affiches réalisée pour les concerts de Radio France en 2001 ou encore le fruit de sa collaboration avec Vincent Perrottet pour le Théâtre d’Angoulême.
Pour Michel Bouvet, auteur entre autres, de « Graphistes Autour du Monde », exposition présentée à Échirolles en 2000 dont il a tiré un ouvrage du même nom, le voyage est toujours d’actualité. Avec « 9 femmes graphistes » issues d’Amérique du Nord et du Sud, d’Europe, du Proche-Orient et du Japon, il offre un regard et une visibilité sur la production féminine et leur donne la parole à travers une remarquable scénographie.
Les découvertes sont nombreuses, comme la production de Marta Granados, graphiste bolivienne, dont les affiches en tons directs accrochent le regard ; ou encore les jeux de couleurs flamboyants et les typographies cernées des affiches engagées de la graphiste chilienne Natalia Iguiniz Boggio de Lima (Pérou), pour la première fois présentées en dehors de son pays.
Les visiteurs, dont beaucoup étaient étudiants, ont aussi été marqués par le travail autour de la lettre de Clotilde Olyff, graphiste belge, électron libre décalé, avec qui le caractère prend souvent forme en volume, sous forme de galets, de lettres en carton ciré. Tout son travail est formidablement mis en scène, comme « ce A qui pousse un E qui devient C ». Une typographe ludique mais rigoureuse et déterminée qui aura mis 14 ans pour finaliser l’« alphabet galet moyen », commencé en 1990, entièrement constitué de galets patiemment ramassés sur les bords des rivières et des océans. Témoignage et Hommage Dans un autre registre, ce mois fut aussi placé sous le signe de l’ hommage à Morteza Momayez , père du graphisme iranien moderne depuis les années 70, fondateur de la revue Neshan, venu faire découvrir la production du pays à la tête d’une délégation en 2002 à Échirolles, décédé en 2005. Plus de 40 témoignages internationaux de professionnels et surtout d’amis faisaient écho à sa production. Des affiches parfois émouvantes et pudiques. Tous les secteurs La particularité du Mois du Graphisme vient qu’il présente, à l’instar d’autres manifestations, d’autres champs que l’affiche. Cette année encore, ses organisateurs ont dédié une place à l’identité visuelle et aux chartes graphiques qui ont fait la réputation du Studio Dumbar, fondé en 1976 par Gert Dumbar, aujourd’hui dirigé par Michel de Boer.
« The Dutch Touch » offre au public de découvrir cette culture graphique hollandaise dont le passé et la pratique de la profession « permet » aux graphistes et aux moyennes structures de signer l’identité visuelle des PTT ou de la police hollandaise, tout en se distinguant aussi dans le champ d’affiches culturelles, de signer des timbres postes ou des habillages télévisuels la même année. L’exposition offre également un regard sur le fonctionnement de ce studio, « un endroit où de jeunes graphistes d’horizon très divers viennent suivre une formation professionnelle mais qui ne font que passer, sans l’idée de faire carrière » pour paraphraser Alain Le Quernec.
Re-Découverte ! Quant à l’exposition de Justin Grégoire (1917-1991) proposée par Anita Gallego et François Weil, ce fut pour beaucoup une révélation : ce génie du papier découpé laisse derrière lui une colossale production de portraits, d’animaux, de scènes quotidiennes, terriblement efficaces, en noir et blanc et pourtant si vivants. On s’attend presque à les voir animés! D’ailleurs certaines planches sont de véritables storyboards.
Bilan : le Mois du Graphisme poursuit sa volonté de déchiffrer l’image et le signe et rend compte de la place du Graphisme dans la société, dans la vie de tous les jours.
Si le graphisme international était encore à l’honneur cette année, la petite exposition « Affiches d’Ici » tient aussi à présenter les affiches grenobloises, produites par des graphistes de province, comme pour affirmer une fois de plus l’enracinement social de la manifestation et la place légitime qu’occupe le Mois dans les échanges autour de l’image en Europe.
Mois du Graphisme d’Échirolles Jusqu’au 20 Janvier 2007 http://www.graphisme-echirolles.com haut de page pbs ds insert stat4 |