Catch me if you can
CATCH ME IF YOU CAN : un générique d'ouverture animé par les créateurs français Kunzel + Deygas.

Tranquillement installés dans un vaste atelier au fin fond du XVIIIe arrondissement parisien, les deux créateurs, Kuntzel + Deygas, ont travaillé bien loin des circuits Hollywoodiens, pour créer le générique d'ouverture de "Catch me if you can", la comédie dramatique de Steven Spielberg actuellement sur nos écrans.

Artistes indépendants et complémentaires, ils travaillent ensemble - ils ne sont ni une entité, ni un studio de graphisme. Florence Deygas a été formée à l'école des Gobelins en section animation. Olivier Kuntzel est diplômé de l'école des arts appliquées Olivier-de-Serres, en section publicitaire.
Leur association s'explique par l'envie de collaborer dans un état d'esprit "atelier Haute Couture" à la jonction entre tournage, comédie, animation et graphisme sophistiqué. Leur association s'articule comme celle des créateurs de mode, selon des thèmes et des collections, et leur méthode s'inspire du concept "home studio" pratiqué en musique depuis longtemps. Kuntzel + Deygas ont réalisé ensemble de nombreux clips, notamment "Sacré Français" et "Une very stylish fille" (1999) pour Dimitri from Paris et sont les créateurs-mystificateurs de Winney, le mystérieux taureau orange http://www.winney.com


"Catch me if you can" a la particularité de s'ouvrir sur un générique, brillamment réalisé en images animées. Conçu comme un film avant le film, cette séquence plonge le spectateur dès la première image dans l'ambiance sixties de l'histoire, sans jamais dévoiler l'intrigue, la suggérant simplement, et nous entraîne dans des plans colorés ou se pourchassent des silhouettes blanches ou noires, découpées et animées en 2D. La typographie est ludique et créative. La partition musicale de John Williams accompagne avec maestria la rythmique et le changement des scènes.

L'aventure débute, il y a quelques mois : Spielberg repère leur travail parmi seize bandes démo internationales et une compétition leur est proposée, via leur agent londonien, Nexus Production. On leur fournit un énorme cahier des charges avec des normes très précises concernant les noms, les fonctions à placer, au pixel près, dans un ordre et une hiérarchisation visée par avocats. Un court brief accompagne le tout : il s’agit de présenter l'époque où se situe l'action, pour plonger immédiatement le spectateur dans l’atmosphère du film, et de retranscrire la naïveté de cette époque avec une écriture forte qui pourra être, au choix des concepteurs, graphique ou réaliste.
Kuntzel + Deygas développent leur idée basée sur le personnage de DiCaprio utilisant les jambages de la typographie pour changer d’univers de manière répétitive, associé a un design qui leur est très personnel depuis des années, lui-même basé sur du dessin de mode, réinterprété avec des tampons. Leur projet est retenu parmi les propositions internationales.
Très vite, ils constituent une équipe de dix personnes qui travaille à Paris, pendant 4 mois. Leur parti pris est simple : des silhouettes noires ou blanches se déplacent sur différents plans colorés et jouent avec toutes les possibilités graphiques des jambages de la typographie. Les matrices des personnages sont taillées pièces par pièces (bras, jambes, corps) dans de grandes gommes blanches. Une fois encrée, les tampons sont imprimés image par image sur des pages blanches maintenues par un système de pivots (pegbar) et animés en noir et blanc ; ils sont ensuite scannés et introduits dans des décors conçus sur l'ordinateur.

Le résultat final est graphiquement et musicalement abouti. Il évoque les meilleurs génériques de Saul Bass de la fin des années 1950 calqués sur les surprenantes compositions musicales de Bernard Hermann. Le jeu parfait de l'intégration des lettres et des images en est une fine et élégante réminiscence. Le plaisir jubilatoire du générique de Kuntzel+ Deygas bourré d'inventions graphiques démontre, si cela était nécessaire, toutes les possibilités particulières et nombreuses du graphisme dans l'animation.
Florence Robert
lien pour voir le générique: http://www.nexuslondon.com