Merci Monsieur Savignac !


Savignac dans son studio à Trouville en juin 2001


Je suis né à l'âge de quarante et un ans, des pis de la vache Monsavon : c'est par ces mots que Raymond Savignac débutait son récit autobiographique : "Savignac, affichiste" (Éditions Robert Laffont 1975, aujourd'hui épuisé). Né à Paris en 1907, ça n'est qu'en 1949 que Raymond Savignac débute réellement sa carrière.

Les dernières maquettes de Savignac.



Fils spirituel et disciple de Cassandre, marqué par Loupot ou Carlu, acolyte d'André François, animateur publicitaire (chez Lortac), affichiste, ce fils de cafetiers parisiens auvergnats qui voulait devenir coureur cycliste est devenu l'un des plus grand affichistes publicitaires d'après-guerre. Je me souviens de cette image Aspro (1964) vue et revue lors de mes premières visites parisiennes quand j'étais petit et qui me fascinait déjà, bien avant de découvrir le graphisme.


Resistex 1955


Raymond Savignac Juin 2001




Les "Planches Savignac" à Trouville


Perrier 1949

Ce grand monsieur du graphisme et de la publicité nous a quitté le 30 octobre dernier, à l'âge de 95 ans.

Je voulais lui rendre hommage, un de plus, pour m'avoir fait découvrir ses formules graphiques, ses images intelligentes et belles, aux couleurs primaires, au dessin limpide et direct, à son bon sens. Pourquoi ne pas aller au plus simple se plaisait-il à répéter quand je le questionnais sur ses images, en juin 2001 dans son atelier à Trouville, alors qu'il signait l'une de ses dernières affiches, un hommage à Toulouse-Lautrec pour le Nouveau Salon des Cent.

Monsavon 1949





Cette rencontre m'a fait découvrir celui qui se cachait derrière ces centaines d'affiches plus drôles les unes que les autres, celui qui, avec quatre tubes de couleurs, un ou deux pinceaux, un chiffon et une assiette posés sur une table face à la mer, était capable de faire naître ces chefs-d'œuvre en quelques heures. Et dire que c'est de son rejet de l'aérographe que l'on lui doit son coup de crayon.
Celui qui est passé par Miramar, ce "metteur en scène de la rue", cet enfant de Montorgueil et du quartier des Petits-Carreaux, de Montparnasse, de Montrouge, ce télégraphiste de l'image était le maître de la clownerie graphique qui aimait dessiner gros sans pour autant dessiner grossièrement.

Merci donc à celui qui a réellement introduit l'humour dans l'affiche publicitaire, transformant le célèbre zèbre de Cinzano (en 1951) ou initiant, sans le vouloir, le célèbre slogan Perrier c'est fou. Merci à celui qui a eu le géni de vouloir et d'être compris de tous, celui qui nourrissait l'œil et le cœur, qui avait compris que la force d'une image et un slogan valaient bien mieux que toutes les tactiques marketing des années 80. Merci à ce Buster Keaton de l'affiche, à celui qui a donné naissance à ces images, de Bic (1956) à Frigeco (1959), sans oublier Aspro, Astral (1949), Resistex (1955), Dunlop ou encore la célèbre affiche pour les Pot-au-feu Maggi (1960), pour ne citer que les plus connues.

Frigéco 1958


Bic 1956
Couverture du catalogue de la Bibliothèque Forney 2001



Merci donc Monsieur Savignac de m'avoir fait partager votre amour pour l'image et le produit. Vous nous laissez orphelins d'une période où l'affiche publicitaire embellissait encore les rues !


Guillaume Frauly

Astral 1949